Pauline Herault - URGENCE

 

Dossier technique : Pauline Herault     


10/12/2020


Première partie : L’émergence de mon urgence

 

Je pense que le corps est un outil universel pour créer des liens, pour parler, pour extérioriser, mais aussi pour soi, pour prendre soin de soi et se réparer. C’est pourquoi mon urgence a émergé, je sentais qu’il y avait en moi cette nécessité d’agir, de faire acte. Ce qui m’est apparu en premier c’est le fait de sortir, d’en sortir. Sortir d’un état, d’une tension qui se retrouve au sein de mon corps mais aussi de mon esprit. Pour cela il est essentiel de la matérialiser. Ainsi la tension prend forme physique.

Je pense aussi que cette urgence a pris un sens particulier du fait du contexte actuel. Je n’étais pas sortie de chez moi depuis une semaine et en regardant par la fenêtre je me suis rendue compte qu’il fallait sortir, que réussir à extérioriser ses émotions relève aussi d’un environnement adapté.

Le fait de respirer, de prendre une bouffée d’air frais m’a aussi rendu compte de ce qu’il se passe dans mon corps à ce moment. J’ai trouvé très intéressant de me concentrer et de sentir cet air frais traverser mon corps. Ca m’a alors fait penser au film Dans un jardin qu’on dirait éternel d’Omori Tatsushi, où la question du geste est primordiale. J’ai ainsi pris conscience que chaque geste et chaque mouvement devait prendre sens si on souhaitait leur conférer l’importance qu’ils engagent. Cette respiration était alors une réflexion concrète sur la nécessité d’aspirer de l’air pour ensuite le relâcher.  Cette action, et ce mouvement que je fais quotidiennement prend tout son sens. Ainsi en me concentrant, en inscrivant mes pieds dans le sol, en sentant ma présence s’ancrer dans l’environnement, je suis prête à laisser cet air traverser mon corps et à créer un mouvement dans celui-ci.

Dans la première phase de mon travail j’ai essayé de matérialiser cette urgence, j’ai cherché une forme qui me paraissait la plus juste. De là a émergé l’idée d’une boite, une boite à taille humaine, un lieu mi-clos, dans laquelle je pourrais retranscrire cette urgence corporelle. C’est ce que j’ai cherché à mettre en avant dans ma vidéo sur mon urgence.

Un corps renfermé dans une boite, c’est assez effrayant et pourtant ça prenait sens pour moi puisque je pouvais le transposer dans le fait d’avoir des émotions souvent renfermées dans un corps. Je voulais creuser cette notion d’extériorisation, qu’elle soit émotionnelle ou plus matérielle.

Une question restait en suspens : Quel est mon rapport à mon corps et en quoi il a une place prédominante ? Comment me permet-il de relâcher les tensions qui résonnent en moi? Je pense avoir répondu à cette question en m’intéressant aux travaux d’artistes sur ce sujet.

 

Deuxième partie :   L’état de l’art

 

Le corps est essentiel dans les arts. On la retrouve en art plastique, en poésie, en danse, au théâtre, et même en musique. La question de la posture chez les musicien.nes est centrale, de par ce corps, la/le musicien.ne est alors ancré dans le sol et dans un environnement précis. Dans la musique de la chanteuse, compositrice et auteure Pomme, je trouve que la question du corps prend une place importante. Dans ses mots, j’ai toujours la sensation de voir un corps, présent au sein d’une douleur mentale. Il y a une force qui me permet de la sentir danser par ses mots. Dans la chanson « pourquoi la mort te fait peur » nous pouvons écouter une description perpétuelle de lieu et de position corporelle pour contrer cette peur. Nous pouvons donc sentir la puissance corporelle même si nous ne la voyons pas. Il y a aussi beaucoup de place à l’extériorisation, au fait de montrer ses sentiments, de les dévoiler et de les ouvrir aux autres.

 « Au creux d'un saule pleureur, Je t'éviterai les douleurs, Et nos corps, Fleuriront en larmes, Dormiront ensemble, Fleuriront en larmes, Ensemble »

Sa sensibilité relève d’une force incroyablement puissante et ses mots la transcrivent parfaitement. Dans une autre chanson, “Anxiété”, elle met en avant les failles de cet état et les extériorise poétiquement. 

 

Dans la peinture de Frida Kahlo, le rapport au corps est aussi très intéressant puisqu’il est le symbole de sa douleur mais aussi présent et central. Dans la plupart de ses toiles, elle présente un corps figé, droit et pourtant tellement présent, tellement ancré dans le sol et dans ses racines. Cette conception du corps est très intéressante puisqu’elle relève d’une impossibilité de le mettre en mouvement et pourtant d’une place prédominante est importante de celui-ci, qui transmet des émotions incroyables.  Elle montre parfaitement la colère et le surplu d’émotions que ce corps brisé contient, de par les couleurs qui révèlent des blessures à chair ouverte. La puissance de sa peinture me touche particulièrement, et mon corps en premier. Elle agit directement sur celui-ci et réussit à le poignarder. 

 

Cette puissance qui résonne dans mon corps, je la ressens aussi dans les mots de la poétesse Rupi Kaur et particulièrement de son deuxième recueil de poèmes. Je lis l’un de ses poèmes dans la dernière partie de mon journal du corps puisque je trouve qu’il est significatif de cette recherche mon urgence et sur la place de son corps et de l’importance de celui-ci au sein de ma vie. Pour reprendre ces mots : “Regarde ton corps, murmure, Il n’y a pas de maison comme toi, merci”. Sa poésie est une ode à la libération et à l’acceptation des corps des femmes. C'est une ode à la douleur et à l’amour, à la sensibilité et à la puissance. Elle est une aide précieuse pour parvenir à extérioriser ces émotions, ses tensions, pour partager ses maux avec ses mots. 

Enfin, il y a le travail de Kettly Noël qui résonne dans ma recherche, en commençant par les mots de Sophie Renaud : “Elle dégage une force qui mêle une puissance animale et une fragilité incroyable… Elle a une danse qui peut être proche de la transe et qui est liée à ses racines haïtiennes. C’est très expulsif, parfois chaotique.” Dans sa mise en scène de Tichèlbè, elle traite du corps de la femme dans l’espace publique. Cette artiste a nourri une partie de ma recherche sur l’urgence mais l’a surtout affinée en direction d’un atelier exclusivement féminin. En effet, son spectacle dénonce les violences faites aux femmes et révèle la puissance des femmes par le corps. Dans cette pièce, le corps est un miroir de la condition des femmes, il met en avant avec une justesse infaillible les questionnements, les doutes, les violences que les femmes subissent. Ma recherche s'est donc dirigée sur ce point là, je suis allée chercher en quoi le rapport au corps est important et plus particulièrement  pour les femmes. 

 

             Je me suis penchée sur la conscientisation de la thérapie et de l’exploration de zone corporelle. Je pense notamment à la réflexologie, qui met en avant la puissance du corps et l’importance de le connaître pour soigner les maux physiques et psychiques. Les médecines douces en général montrent leur puissance grâce à des méthodes corporelles spécifiques. Enfin, et pour affiner le lieu de mon urgence, je me suis beaucoup intéressé à la sorcellerie et à la puissance des sorcières et plus précisément aux oracles thérapeutiques. Ils ont une place particulière au sein de ma conception de cette urgence. Je pense qu’ils permettent une extériorisation et un guide vers un apaisement moral et corporel de fait. C’est pour cela que j’ai utilisé l’oracle de la féminité sacrée lors de mon atelier, il est je pense essentiel à ma recherche.

 

 

Troisième partie :  Atelier artistique

 

Comme expliqué précédemment, la condition féminine et de fait féministe a prit une place importante au sein de mon urgence. En effet, la charge mentale qui est systématiquement gérée par les femmes fait naître ce sentiment d’insécurité qui ne permet donc pas d’extérioriser nos émotions. Dans cette société où les dirigeant.es ne cherchent pas à créer des solutions concrètes au sein de l’éducation par exemple, il est de notre devoir de nous protéger en permanence. Ainsi, j’aimerais créer un atelier sur plusieurs jours permettant aux femmes de venir dans un lieu de confiance où la parole sera libérée et où chacune pourra prendre place. Il s’agira d’un lieu intersectionnel et inclusif ou la bienveillance sera la règle d’or. 

 

Pour le matériel, il me faudra mon oracle, de la peinture de différentes couleurs, un espace de danse et du matériel créatif pour pouvoir construire au fur et à mesure des séances. 

L’atelier sera ouvert à 5 femmes, et durera 5 semaines à raison d’un atelier de quatre heures par semaine.

Jour 1 de l’atelier : Rencontre et confiance. Cette première journée serait consacrée à la découverte de chaque participante. Pour cela, elles réalisent une cartographie de leur mémoire, sous la forme désirée, celle qui leur correspond et leur parle le mieux. Cette cartographie devra mêler les arts, les époques mais aussi les sentiments. A la fin de la séance, elles décoreront leur cartographie d’une couleur qui leur est propre. Il s’agira d’un appui pour le travail sur les autres ateliers.

Jour 2 de l’atelier : Chaque participante devra exposer sa cartographie (une fois de plus sous la forme qu’elle désire) aux autres. Ce moment sera important pour mettre en avant le lâcher prise et le vivre ensemble. En effet, lorsque chacune aura présenté sa cartographie, elle devra créer un espace commun pour présenter une cartographie générale en partant des leurs.

Jour 3 de l’atelier : Prendre conscience de son corps. Cette troisième journée sera consacrée à divers exercices corporels. Le premier sera un exercice de respiration, le second de yoga et enfin le troisième de mouvements libres. A la fin de cette séance chacune aura ainsi pu prendre le temps de faire, d’agir avec son corps dans le but de pouvoir à la prochaine séance lier ces expressions corporelles avec sa cartographie de la mémoire.

Jour 4 de l‘atelier : Assemblage et liaison, ce que la cartographie dit sur mon corps et inversement. A ce stade de l’atelier, la cartographie prend une autre forme, elle se dématérialise pour devenir mouvement. L’idée étant de pouvoir créer des moments libérateurs de cette cartographie mentale. A la fin de la séance, chacune devra travailler en binôme.

Jour 5 de l’atelier : Créer ensemble à partir des binômes établit une cartographie générale dans laquelle le corps prend une place centrale. Restitution du chemin parcouru. Sur un carnet, réussir à noter les mouvements du corps, les matérialiser pour les ancrer dans son esprit et qu’ils deviennent mentaux.

 

A la fin des 5 ateliers, je proposerais de créer une fresque commune permettant à chacune d’exprimer son ressenti, la fresque peut prendre une forme matérielle comme immatérielle. 

 

 

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