Anouk - VIBRATIONS Urgence
VIBRATIONS
L’urgence
Trouver une urgence, celle qui t’es propre, personne d’autre ne pourrai l’incarner mieux que toi. En y réfléchissant bien, beaucoup de choses me sont venues à l’esprit. Sur quoi se focaliser ? Qu’est qui m’anime vraiment ? Qu’est ce qui sort de moi avec véhémence ? La réponse n’est pas simple. Une notion de temps, d’instant, d’imprévu émerge petit à petit. Mais ce n’est pas vraiment ça. J’ai dû aller plus profond dans mes ressentis. Des souvenirs me sont remontés. Ceux d’instants suspendus dans le temps, dans lesquelles, un fil invisible, une vibration m’a reliée à d’autres personnes.
Je me suis posé une question. Selon moi, qu’est ce qui relie chaque être humain entre eux ? A quoi est dû l’attirance évidente pour une personne ? A quoi est dû ce sentiment d’évidence face à un autre être humain ? Et je me suis répondue : les vibrations. Cette réponse m’est apparu évidente car en tant que musicienne celles-ci font partie de moi. La musique est une vibration. Le corps est une vibration. L’humain se relie au reste du monde grâce aux vibrations. Même si cela peut paraître abstrait, pour moi cela semble logique. L’humain ne peut pas être qu’un amas de chair inerte. Quelque chose l’anime, quelque chose le fait vivre. Pourquoi pas des vibrations ? Après tout, nous sommes remplis d’eau, et l’eau vibre avec son environnement. Alors notre corps vibre. Alors il répand ses ondes autour de lui.
Ce n’est pas pour rien si des personnes ne sont attirées, surprises, rebutées par un son. Selon moi, certaines vibrations entrent en désaccord ou en accord avec notre corps. Elles viennent en opposition avec notre propre vibration. J’ai pu le constater lors de ma première expérience dans laquelle un son fort est apparue à certain·es comme une source de réconfort et à d’autres une « agression ». Si des sons produisent cet effet, cela doit être pareil pour les êtres. Certains vont entrer en osmose avec ta vibration, alors que d’autres en contradiction avec elle. Je ne vois pas ça comme un problème, au contraire. C’est comme en musique, après une dissonance, on attend une résolution. Le monde est fait de dissonances, qui se trouvent résolues à des instants imprévus et suspendus dans le temps.
Après avoir pensé à tout ça je me suis demandée comment créer de manière sonore notre vibration ? Notre son ? J’ai directement pensé à la voix. Lorsqu’on naît, la première chose qui est faîte par un bébé c’est de crier. Le médecin attend cela pour savoir si le bébé est en bonne santé et bien en vie. La voix est donnée à l’immense majorité du monde, et si ce n’est pas le cas, des vibrations peuvent être émises. Avec un temps d’écoute de son corps, un repli intérieur, des sons peuvent petit à petit sortir naturellement de notre corps. Certains ne vont pas être celui qui nous correspond. Mais à un moment cela va être une évidence. C’est ma vibration. Celle qui m’habite. Celle qui est moi. Pas celle que je fais rayonner en public, celle que j’aime montrer. Non, celle qui n’est que à moi. Qu’elle apparaisse disgracieuse à ma voisine, peu importe, elle m’est propre.
Je pense alors que dans un groupe, certain·es vont être attiré instinctivement par une dissonance, et d’autre par une consonnance par rapport à leur son émit.
L’état de l’art
Je me suis penchée sur ce qui a été fait et pensé en art, en science et en philosophie en matière de vibrations, tout en les reliant à la voix.
Dans l’histoire bouddhiste, un son est à l’origine de tout. Le Om est la vibration originelle. La création de la vie. Dans cette culture qui s’est ensuite répandue notamment grâce au yoga et à la méditation, chanter le om (ou aum) permet de faire entrer le corps en vibration au niveau des organes, des tissus et des cellules. Le corps est détendu et harmonisé. La syllabe représente la totalité de ce qui existe : « ce qui contient le passé, le présent et le futur, tout en étant d’essence autre ». Cette syllabe serait la somme et la substance du son de l’Univers.
Au Japon, le mot Hado existe depuis des siècles. Il signifie onde vibratoire ou vibration. Le Dr Masaru Emoto a étudié les effets du Hado sur l’eau. Etant donné que notre corps est composé à plus de 60% d’eau, l’Hado, aurait un effet sur notre corps. Il est l’équivalent du Chi chinois et est considéré comme une énergie de force vitale ayant des vertus. Dans ce courant philosophique (ou considéré comme des pseudo-sciences), cette onde sans cesse en mouvement porte la vie et l’amour. Elle est liée à la conscience de l’individu. Tout cela peut sembler un peu abstrait mais des scientifiques comme Gerald H Pollack trouvent des réponses un peu plus rationnelles. Selon lui, il existe une quatrième forme de l’eau nommé H3o2, qui est une forme vivante chargée d’énergie. Avec des mots simples, l’eau se remplierait d’énergie au soleil et changerait de forme. Notre corps étant rempli d’eau, cette énergie serait alors à l’intérieur de celui-ci.
Au niveau artistique, beaucoup d’artistes se sont intéressé.e.s aux vibrations, mais c’est compliqué de trouver un.e artiste qui énonce exactement ma pensée.
Le sculpteur Jaune PLENSA, dit « mes sculptures visent à relier les vibrations des humains à leur environnement ». Toutes ses œuvres « tournent autour de l’être humain comme un hommage à la musique, à la vibration du corps. » Je retrouve donc la notion de musique et de vibration des corps qui me parle. Je n’ai pas trouvé une pensée plus développée que cela disponible.
L’artiste française Camille, dans le podcaste La Poudre, parle de son album Le Fil (2005). Elle dit « le chant nous relie à une humanité, à une vibration. Je pense que chaque personne est une vibration, au de-là d’une vibration sonore. » Cette chanteuse a réalisé un album entier relié par un son continu, son fil, sa vibration.
Le musicologue Allan Moore, dans The Primary Text : Developping a Musicology of Rock, dit que “la voix est le premier lien en l’artiste et l’auditeur. Elle est l’instrument que les deux partagent ». Il considère alors que c’est par la voix que l’artiste (le/la musicien.nne) se relie avec ceux qui sont autour. Le chant est produit par la vibration des cordes vocales. Ce sont donc des vibrations qui permettent de se projeter au monde, et d’interagir avec lui.
Dans L’esthétique d’Hegel, nous pouvons trouver une phrase très intéressante concernant la musique : « elle pénètre immédiatement avec ses mouvements, dans le siège intérieur de tous les mouvements de l’âme ». Le chant nous accompagne tout au long de notre vie, « c’est l’âme résonnante qui cherche à s’extérioriser et à jouir de son extériorisation ». C’est le moyen de se montrer soi, en vérité et briser les malentendus. Il transcende la parole, "Le chant va vers l'autre, cet autre serait-il nous-même (…) C'est le début de l'art, sans doute, mais peut-être aussi celui de l'humanité".
L’atelier
Dans l’idéal, j’aimerai créer un atelier de deux heures durant une année scolaire et intervenant une fois par mois au départ puis plus fréquemment à la fin (selon la réceptivité des acteurs·rices).
Cet atelier est évolutif, il va partir de l’idée première que j’en ai pour ensuite se laisser guider par les volontés de chacun·e et en fonction du groupe. J’aimerai le faire auprès d’adolescent·es en difficultés. Cela peut prendre forme dans un foyer. Au maximum, l’atelier pourra accueillir des personnes volontaires, car je ne pense pas que sans l’envie les jeunes seront réceptifs.
Tout d’abord il est nécessaire d’instaurer un cadre de confiance, de bienveillance et d’écoute entre tout le monde. Pour cela, nous allons commencer par des étirements, du yoga, pour finir par des exercices de respiration et d’initiation à la méditation afin de bien débuter la séance dans le calme. (30min)
Ensuite, chacun.e va avoir un temps d’intériorisation avant que je donne une « consigne ». Le but sera de faire émerger chez chaque jeunes un son. N’importe lequel, de n’importe quelle manière. Pour cela, je serai une facilitatrice. Je m’adonnerai à l’exercice en même temps qu’eux.elles soit avec un instrument (saxophone), soit avec ma voix. (env.15min en fonction du groupe).
A la suite, lorsque chacun·e aura pu exprimer son propre son librement, il sera temps de les mettre en commun. Chacun·e sera alors amené·es à mettre en confrontation sa vibration, son mouvement, ou peu importe, avec ses camarades. Ce moment de mise en commun va être assez libre. Le but est de les amener à échanger. (15min)
Après cette sensibilisation aux sons et aux autres, nous serons tou·te·s amené·es à chanter. Pour la première séance je compte m’appuyer sur ce qu’ils.elles auront fait et j’adapterai le répertoire en fonction. (30min)
Nous consacrerons les dernières 30min, à discuter ensemble afin de, tou·te·s ensembles, créer la prochaine séance. (30min)
La séance d’après je proposerai d’amener d’autres instruments afin que chacun·e trouve réellement sa vibration.
Chaque séance sera différente, chacun·e sera force de proposition. Mais tout le temps nous consacrerons 30min à la relaxation corporelle et à l’état méditatif avant d’entamer concrètement la séance.
Petit à petit, si l’envie née chez les jeunes, nous monterons plusieurs morceaux ou ils.elles pourront s’exprimer librement, de la manière dont ils.elles le souhaitent.
En ce qui concerne le matériel, j’aurai besoin d’un studio agréable, d’une salle ou l’on peut aussi bien faire du sport, discuter, chanter sans encombre. J’ai plusieurs instruments de musique personnels que je prêterais volontiers, mais au besoin je pourrais m’en fournir d’autres. Il faudrait également un micro afin d’enregistrer et que les jeunes aient une trace de ce qu’ils.elles font si ils.elles le souhaitent. Enfin je serai responsable également de mettre à disposition des paroles de chanson et un répertoire approprié au groupe.
Cet atelier vise à créer une harmonie entre un groupe, contenant déjà des dissonances avec le reste de la société. Harmoniser, s’écouter, s’exprimer, se sentir libre. Il est possible que les acteurs·rices puissent découvrir des notions qu’ils.elles ignorent. Chacun·e sera amené·es à découvrir la musique à sa manière et selon ses envies. Le but étant avant tout de s’amuser, de découvrir et de prendre conscience du pouvoir de la voix.

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